« L’Éthiopie est l’économie à la croissance la plus rapide au monde », a déclaré le Dr Peter Kagwanja, président de l’Africa Policy Institute, un groupe de réflexion – communément appelé think tank –  géopolitique privé kenyan.

Décrivant la croissance comme « astronomique », il a prédit que l’Éthiopie deviendrait une « puissance majeure » en Afrique de l’Est. L’Éthiopie abrite environ 94,3 millions de personnes donc si le pays « explose », la région « se noie ».

Mais cela dépasse-t-il tout le monde ? 

Selon les données du FMI et de la Banque Mondiale L’Ethiopie affiche une croissance moyenne de 9,5.

Les données les plus récentes du FMI indique une augmentation de 7,71% en 2018 (contre 10,15% en 2017).

Mais ce rapport montre également qu’au moins quatre autres pays – la Libye (17,8%), l’Érythrée (12,2%), le Rwanda (8,6%) et le Bangladesh (7,9%) avaient des taux de croissance estimés plus élevés.

La croissance du PIB réel de l’Éthiopie a été en moyenne de 9,5% par an entre 2010 et 2019, le plus élevé au monde, selon la base de données du World Economic Outlook.

La croissance économique mondiale moyenne était de 3,8%

Catriona Purfield, directrice adjointe du Département Afrique du FMI, a mentionné des chiffres sur la croissance du pays au cours des 10 dernières années.

A noter que le FMI a exclu de ses données Le Soudan du Sud en raison d’un conflit et d’un manque de données connexe.Et que le FMI ne surveille pas certains pays, dont Cuba et la Corée du Nord qui ne sont pas ses membres.

Au cours de la même période, le pays insulaire de Nauru située au nord est de l’Australie a enregistré la deuxième plus forte croissance, avec 9,1%.

Le Turkménistan (8,7%), la Mongolie (7,9%) et la Chine (7,6%) complètent les cinq économies à la croissance la plus rapide, avec un taux de croissance économique mondial moyen mesuré à 3,8%.

Le FMI indique que ses équipes dans chaque pays font des prévisions qui tiennent ensuite compte des projections individuelles des pays. Donc « la méthodologie peut varier d’un pays à l’autre… en fonction de nombreux facteurs ».

Pourquoi observer la croissance sur 10 ans ?

Une période plus longue plutôt qu’une seule année permet de tenir compte de l’impact de facteurs spéciaux, tels que la reprise de la production de pétrole après un conflit, des sécheresses ou des cycles économiques.
« 10 ans donnent une vision plus longue de la performance qui est moins impactée par les facteurs de dépassement », a déclaré Purfield.

Le professeur Jannie Roussouw, directeur de l’école des sciences économiques et commerciales de l’Université de Witwatersrand, a considéré que la valeur d’une décennie « est une bonne indication d’une tendance à la croissance, qui peut varier d’une année à l’autre ».

L’Ethiopie mène également la croissance par personne

Roussow a également déclaré que la variation du PIB réel par habitant était une autre mesure utile de la croissance.

Purfield, du FMI, a déclaré que lorsque la population était prise en compte, « en termes par habitant, la croissance de l’Éthiopie était de 7,7% par an au cours de la même période, toujours la plus élevée du monde ».
La Chine, avec 7,1%, a pris le pas, suivie par le Turkménistan, 6,8%, ainsi que 5,8% pour l’Inde, la Mongolie et le Myanmar. Nauru est restée en tête des données de la Banque mondiale.

Les données de la Banque mondiale ont montré que le PIB constant (réel) de l’Éthiopie a augmenté de 6,8% en 2018.

D’autres pays ont enregistré une croissance supérieure à celle-ci, notamment la Libye (7,8%), le Cambodge (7,5%), l’Inde et la République dominicaine (7% chacun). et la Mongolie avec 6,9%.

Entre 2009 et 2018, Nauru avec environ 11200 personnes, a connu la croissance la plus élevée, à 12,9%. L’Éthiopie s’est classée deuxième avec une croissance moyenne de 9,8%, suivie du Turkménistan avec 8,7%.

Est-ce-que l’Éthiopie connaît réellement la croissance la plus rapide ?

Morten Jerven, historien économique à l’Université norvégienne des sciences de la vie et qui a publié de nombreux articles sur le développement économique de l’Afrique, a déclaré que « les taux de croissance élevés de l’Éthiopie ces dernières années ont parfois été contestés. À titre d’exemple, l’Éthiopie a déclaré 12% et le FMI 6-7%.  Un taux de croissance de 10 à 11% suggère un doublement du PIB tous les six à sept ans. Le PIB par habitant aurait triplé ».

Toutefois, il n’est pas possible de vérifier si l’Éthiopie est en fait l’économie dont la croissance est la plus rapide au monde, a déclaré Jerven parce que selon lui « Le PIB n’est pas un fait, c’est une estimation. Aucune estimation du PIB ne peut être erronée – c’est juste une autre estimation du PIB. Avec le même ensemble de données ou de faits, vous pouvez estimer le PIB de différentes manières. »

Est-ce- que les chiffres affichaient par le FMI et la Banque mondiale suffisent-ils ? Selon les spécialistes il faut absolument prendre en compte le contexte de chaque pays.

Qu’en pensent les experts ?

Mizuki Yamanaka, statisticien à l’unité des données sur le développement de la Banque mondiale a déclaré qu' »il était important de savoir ce qui avait stimulé la croissance lors de la comparaison des économies ».

« Par exemple, vous ne pouvez pas dire que l’Éthiopie a été plus performant économiquement que les États-Unis entre 2010 et 2019 au motif que le taux de croissance était plus élevé, car les situations de leur économie sont complètement différentes. Il y a de nombreux autres éléments à considérer tels que le niveau de développement, les valeurs par habitant, l’économie d’échelle, les inégalités dans le pays, la gouvernance et l’ouverture du marché, les niveaux de prix, etc. ».

Purfield, directrice adjointe du FMI, a déclaré que la forte croissance « était due aux emprunts extérieurs des entreprises publiques et aux investissements dans les infrastructures », ce qui a entraîné des « déséquilibres ».

La croissance n’est pas ressentie par la population locale 

Les chiffres semblent fulgurants, mais la croissance n’a pas été ressentie par « l’homme ordinaire dans les rues d’Addis-Abeba ou dans les zones rurales ». C’est ce que déclare le professeur A.Lemi, président du département d’économie de l’Université du Massachusetts à Boston, aux États-Unis.

« Parce que le taux de croissance élevé du PIB est principalement dû à la construction et à d’autres secteurs de services qui ont peu d’impact en termes de création d’emplois ou de salaires élevés. En d’autres termes, il n’y a pas eu de retombée de cette croissance. »

En Conclusion

La croissance économique moyenne de l’Éthiopie au cours des 10 dernières années la place en tête de liste.
L’Éthiopie est l’économie à la croissance la plus rapide au monde, a déclaré l’analyste kenyan Peter Kagwanja lors d’une discussion télévisée nationale sur la géopolitique est-africaine.

Les données du FMI pour les 10 années de 2010 à 2019 soutiennent cette affirmation. L’Éthiopie a le taux de croissance économique le plus élevé de 194 pays suivi par le fonds. La Banque mondiale a placé le pays au deuxième rang derrière Nauru pour son taux de croissance moyen entre 2009 et 2018.

Alors nous pouvons considérer que l’affirmation est dans sa globalité correcte. Même si les analystes disent que le pays a encore beaucoup à faire afin que plus d’Éthiopiens profitent de cette vitesse de croissance élevée.

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